Retour sur un "Café-santé-société" 2010

La souffrance au travail est un thème qui revient souvent depuis plusieurs années ; les médias comme les romanciers (cf. Le Monde des Livres du 10-09-10) s’en font l’écho régulièrement.

Aussi cette question a été abordée lors de l’une des dernières soirées-débats. Quelques pistes de réflexion ont d’abord été données par une psychologue du travail puis un long temps de débat a eu lieu. Les participants étaient majoritairement des acteurs du monde sanitaire et social.

Quelques points peuvent être retenus parmi tous ceux qui ont été abordés :

- Il y a toujours de l’affect dans le travail car on s’identifie au travail que l’on fait. Quand on n’est pas reconnu dans son travail, on n’est pas reconnu dans ce que l’on est. Travailler, ce n’est pas seulement produire, c’est se travailler, se transformer soi-même.

Le bien-être au travail passe par un soutien social, une reconnaissance des collègues. Ce lien social est actuellement fragilisé. Il y a actuellement beaucoup de solitude, d’isolement dans le travail. C’est le cœur de la souffrance des salariés aujourd’hui : perte du soutien collectif par manque de personnel, individualisation des objectifs, de l’évaluation des performances… L’absence de « collectifs de travail » est certainement une conséquence secondaire inattendue des 35 h. En effet, il y a moins de temps pour faire le même travail donc une productivité à augmenter avec moins de temps de pause et moins de discussions de groupe, aux dépens des collectifs de travail.

- La différence a été soulignée entre le travail prescrit par les gestionnaires (objectifs, procédures, modes opératoires…) – la coordination – et le travail réel qui est de réajuster collectivement le travail, ce qui suppose la coopération entre les salariés. C’est ce réajustement collectif des ordres donnés qui crée les règles de métier. La souffrance vient de la difficulté à se réapproprier la situation de travail lorsque les conditions changent.

Il y a souffrance quand on ne respecte pas les « règles du métier » et quand on ne partage pas, au sein d’une même équipe, la même représentation du « bon travail ».

Plus la pression économique est forte, plus il est nécessaire de s’interroger sur le sens de ce que l’on fait.

La grandeur du travail soignant n’est pas en effet seulement dans ce qui est à faire mais dans le sens de ce que l’on fait qui est de prendre soin des personnes qui nous sont confiées. Il y a un déficit dans la reconnaissance de ce côté-là. Il est important de le reconnaître déjà pour soi. Mais il y a un risque, si on est seul à évoquer le sens du travail, que ce soit mal interprété. Il est donc important que l’interrogation puisse se faire collectivement. Poser la question du sens peut être vécu comme un danger car elle peut remettre en cause le fonctionnement. Pour poser la question du sens, il faut aller bien ou avoir pu la poser avant avec quelqu’un ou la poser quand survient un évènement dramatique dans une entreprise. Pour penser le sens, il faut qu’à un moment la parole soit déjà en circulation. Il faut déjà que les gens se parlent pour parler du sens ; sinon, ils peuvent penser qu’avant, ils n’étaient pas bons.

- Etre responsable, c’est « oser dire », oser échanger des idées sur le travail et les modalités de prise en charge de l’activité mais aussi oser dire « je ne suis pas d’accord ». Les rapports se conflictualisent rapidement. On a peur de ne plus être en « cohésion » en cas d’avis contradictoire. Or, c’est en « cohérence » qu’il faut être. On diabolise et on cherche à tout prix à éviter le conflit pour le maintien de ’la paix sociale’. Or, pouvoir mûrir un travail collectif passe par la divergence de points de vue, même si c’est douloureux. Le désaccord fait partie du travail, le conflit aussi si on en sort. La violence n’en fait pas partie : c’est la négation du point de vue de l’autre, le signe du travail empêché. Quand, dans un conflit, on arrive à se mettre d’accord sur l’objet du désaccord, on a fait la moitié du chemin. Trop souvent, le conflit se déplace sur les personnes au lieu d’être sur le travail.

Pour compléter :

Marie Pezé : Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. Ed Champs actuel Poche, 2010.

Yves Clot : Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux. Ed La Découverte, 2010.


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