Le fou dans la société

Pour le Moyen Age, nous disposons surtout de documents religieux avec, d’une part, ceux que l’on appelait des « possédés » et,d’autre part, l’accueil dans des maisons religieuses. Il y avait aussi ce que l’on a appelé le « traitement au fil de l’eau » : les fous étaient parfois confiés à des mariniers dont le traitement pouvait être expéditif (« chutes dans la mer »).

A la Renaissance, d’après Michel Foucault, après avoir été errant, le fou a été sédentarisé. Les fous sont devenus la figure des nouveaux lépreux, d’une part, parce que, les léproseries se vidant, des locaux devenaient disponibles, d’autre part, parce que ces gens troublaient l’ordre public.

Au XVIIème siècle, Louis XIII s’émeut des problèmes posés par les personnes ayant un comportement anormal. Il crée l’hôpital général qui sera ouvert par Louis XIV en 1656 pour accueillir tous ceux qui font « désordre » dans la société : les fous, les prostituées, les enfants des rues, les vieillards, les délinquants… Il s’agit d’une structure carcérale où règne le caïdat. Les malades mentaux sont victimisés. Jusqu’à la Révolution, ils sont regardés comme des sous-hommes et sont l’objet d’attractions (comme les animaux dans un zoo).

A la Révolution, le changement de regard est complet. Il est décrété une égalité en droit et en dignité de tous les citoyens, y compris les fous et les esclaves. Pinel (1745-1826) et son adjoint vont essayer d’humaniser le sort des malades mentaux – abolir les méthodes thérapeutiques brutales auxquelles ils étaient soumis – et vont œuvrer pour qu’on les sorte de ce « grand mélange » qu’était alors l’hôpital général.

Son disciple Esquirol (1772-1840) réalisera cette création en 1838. Il est considéré comme l’un des fondateurs de la psychiatrie moderne ; il est à l’origine d’une loi fondatrice pour la psychiatrie. On parle alors d’asiles départementaux spécialisés pour les aliénés avec une fonction humanitaire mais une hospitalisation sous contrainte pour les malades jugés dangereux (placement d’office). La grande proportion d’internés tient à l’organisation de la prise en charge financière par le département.

Cette loi repose sur des utopies : l’asile va permettre de soigner des personnes, voire de les guérir, et de les remettre dans la société. En fait, aucune guérison n’étant possible, les malades restaient très longtemps dans les hôpitaux, d’où une surpopulation et des problèmes d’hygiène et de violences. Le modèle asilaire a été critiqué.

Au cours de la deuxième guerre mondiale, plusieurs phénomènes se sont conjugués pour dégrader les conditions de vie dans l’asile :
- les restrictions imposées par l’occupant allemand ont entraîné des problèmes de ravitaillement alimentaire ;
- la mobilisation d’une partie du personnel pour la guerre ;
- et, au Vinatier, l’incendie de la grange qui a empêché le renouvellement des paillasses pour les lits des malades. Le modèle asilaire a été remis en cause par des psychiatres de progrès, novateurs, qui, pour certains, ont voulu faire une psychiatrie « hors les murs ».

Entre 1945 et 1960, il y a eu quinze ans de négociations.
- En 1960, une circulaire crée la sectorisation qui doit mailler le territoire avec 70.000 habitants par secteur : des lits d’hospitalisation sont maintenus, gérés par la loi de 1838 qui sera revue en 1990, et une structure externe, le centre médico-psychologique, est créée. Cette différenciation de l’offre de soins devait permettre de lutter contre l’ostracisme dont souffraient les malades mais aussi contre le fait que certains patients restaient trop longtemps à l’hôpital (parfois à leur demande car ils se sentaient plus en sécurité à l’hôpital que dehors).
- En 1978, en Italie, Franco Basaglia (« anti psychiatre ») a voulu fermer progressivement les hôpitaux psychiatriques avec mise en place d’unités psychiatriques dans les hôpitaux généraux et limitation des hospitalisations sous contrainte. Il disait : « Pinel a voulu libérer les fous de leurs chaînes ; les fous sont restés prisonniers de leurs libérateurs. »

Le paysage actuel a changé depuis 2007 :
- On observe un virage sécuritaire avec une sur-réaction à des faits divers épouvantables : le double meurtre de Pau par un patient en rupture de soins, le meurtre d’un passant, sans raison, par un malade évadé de l’hôpital de Saint Egrève (Grenoble) en octobre 2008…
- En décembre 2008, une décision présidentielle renforce l’utilisation sécuritaire de l’institution psychiatrique avec l’hospitalisation d’office sous l’autorité du Préfet, garant de l’ordre public. Celui-ci intervenait déjà pour les sorties des malades. Avant 2008, le Préfet signait les sorties sans regarder, sauf exception comme à Lyon, en 1987, lors de la visite du Pape Jean Paul II : à cause d’une prédiction de Nostradamus disant que le Pape devait être assassiné entre deux fleuves, une interdiction de sortie de tous les malades psychiatriques a été décrétée pendant toute la visite du Pape. Depuis 2008, le Préfet est plus regardant pour les sorties : en cas d’internement d’office après un crime, même si le patient est considéré comme stabilisé, le Préfet peut refuser sa sortie.
- D’autres dérives sont observées : la pédophilie serait innée ; les enfants de moins de trois ans devraient être dépistés comme éventuels futurs délinquants… oubliant ce que disait Lacassagne : « Le crime naît de la misère et n’est pas inné ». L’accent est mis sur la dangerosité et la prévention du risque. Le Droit pénal, au lieu de s’occuper des faits, se préoccupe du risque.


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